Non, pas de « Black Friday » pour moi.

Nous sommes le 22 novembre 2017, il est 22h10, voilà exactement 4 mois que je vis au Maroc. Il y’a un an j’écrivais un article. Toujours d’actualité,  il est temps de le publier.

Article rédigé le 24 novembre 2016 à 21 h 58 min.

Voilà bientôt un mois que je me suis détachée de ma carte bancaire, un frein, un atout ? Je me livre.

Minimalisme, écologie, naturel, les mêmes termes reviennent… Il est important, selon moi, de constamment questionner ses positions, de revoir et d’améliorer sa façon de consommer. « Consommer autrement », cette grande tendance, on y vient… Non, consommer autrement ne revient pas seulement à rendre plus verte son assiette, à faire le plein de produits naturels et à créer de nouvelles occupations plus écologiques. Disons que c’est un bon début, mais le but étant de s’éloigner d’un modèle de consommation qui est saturé et qui touche à sa fin; le modèle consumériste.

Loin des grands débats politiques qui nous traversent, de la « crise » économique, des tendances actuelles, il faut pouvoir se rendre compte que nous sommes au bout d’un modèle qui nous dépasse. Il est temps de trouver de nouvelles alternatives, de nouvelles idées et de nouveaux moyens.

Repenser son budget et sa consommation c’est aller à l’encontre de ce système qu’on nous propose… qu’on nous impose plutôt. Alors oui, on ne peut pas être antisystème à 100 %, mais le fait d’éveiller les consciences est déjà un bon ciment fondateur.

L’époque où l’apparence physique bloquait les espérances, où la capacité à aller vers l’autre était construite par des intérêts et où le seul moyen d’exister socialement passait à travers la consommation… cette époque est révolue.

Nous avons besoin de Science, d’humanité, d’amour, de capacités affectives, d’intelligence collective, d’idées nouvelles et un énorme capital de connaissances. Le savoir t’appartient et lorsqu’il est transmis, il t’appartient toujours, il ne se perd pas, il se multiplie. On peut en dire de même pour l’amour, le partage, l’échange…

«Comment sommes-nous arrivés à ce point de sidération où les marques dictent nos comportements mieux que n’importe quelle loi, n’importe quel gouvernement?

Il suffit d’observer ces nuées d’enfants qui tirent leurs parents vers les trousses à l’effigie de tel héros, ou vers tel agenda labellisé.

Je comprends que si les marques sont si nuisibles à notre existence, si elles nous asservissent tant, c’est parce qu’elles se sont emparées du véhicule le plus efficace donc le plus pernicieux qui soit:  le langage.»

Alors non, je n’ai pas arrêté de vivre ou de consommer, mais j’ai ressenti le besoin de me couper, un instant, de cette grande spirale, fatigante et sans fin où je suis prise au piège. J’ai grandi comme vous dans une société où l’apparence et ton statut te définissent socialement. Si tu ne réponds pas aux critères de la norme, autrement dit, si tu ne travailles pas jusqu’à t’épuiser moralement et physiquement pour pouvoir t’acheter les dernières tendances, tu n’existes pas. Tu es à la périphérie de la société, irrécupérable. Alors j’ai voulu entreprendre cette aventure, être une « outsider ». Plus de grandes enseignes, plus de « Black Friday », plus de carte bancaire.

Au début de cette aventure, j’ai croisé une ancienne connaissance dans la rue, voilà huit ans que nous nous étions perdus de vue. La première chose qu’elle m’a demandé: « Tu fais quoi alors ? Tu taf ou tu es encore aux études? Tu as fait quoi comme étude? Tu taf dans quoi?». Sociologiquement, c’est kamikaze. Une sorte d’échelle sociale, pour pouvoir te caser à un certain degré d’admission. Le travail te définit, c’est bien ça. Sinon la santé, la vie sociale, l’aventure, le voyage… Accordons le bénéfice du doute au « Hey Salut, ça va ?» d’introduction, automatisme frivole.

Je ne dis pas que j’aspire à être totalement à l’encontre du système, mais j’ai l’espoir d’utiliser des notions bénéfiques de ce dernier pour le contrer. Vivre sans argent, tout aussi respectable et admirable que soit cette grande étape, n’est pas tout à fait accessible, mais utiliser cet argent à bon escient nous appartient.

Je ne me suis jamais sentie aussi légère jusqu’au coup de fil de ma banquière, ce jeudi 24 novembre à 17 h 59 pour me rappeler que je dois récupérer ma carte au guichet… Parce que oui, on m’a volé, durant cette aventure, l’entièreté de mon porte-feuille. Aujourd’hui, même si je doute que tu me lises, je voudrais te remercier, cher voleur, pour ton acte. J’ai appris à réorganiser ma vie.

Carte bancaire, celle qui te rassure et qui te procure une sensation folle lorsque tu entends le « tutute » de la machine après un achat, aussi minime soit-il. Celle qui t’accompagne où que tu sois, qui te procure une certaine sécurité et qui ne te prépare surtout pas à vivre sans elle. Pendant mon périple, je me suis muni d’un billet de 5 euros par semaine, je peux vous dire qu’on se sent tout de suite moins en sécurité lorsqu’on est amené à travailler à l’extérieur cinq jours semaine.

«Non, mais Faat, imagine il t’arrive une galère, imagine tu as faim, imagine, imagine…»

Je n’ai jamais imaginé faire autant de choses en l’espace de quatre semaines. Je n’ai jamais imaginé cette sensation de ne plus sentir le poids de la consommation et de ne plus être attirée tel un aimant vers les boutiques physiques ou en ligne.

Je parlerais de liberté. L I B E R T E. Oui, c’est exactement ce que j’ai ressenti, une bouffée d’oxygène.

Ce jeudi 24 novembre, à 22 heures pile, est censé commencer le BLACK FRIDAY. Cette fois, je prolonge et non, tu ne m’auras pas… tu ne m’auras plus. Ni toi ni les soldes.

«Ca ne vous choque pas, vous, que la seule perspective d’avenir qu’ils nous offrent, c’est de pouvoir consommer plus?»

Est-ce que l’on parle encore de « consommation » à cette époque ? Nous sommes au-delà de la « surconsommation ». Cette dernière détruit l’écologie, la santé, nos vies et celles des oubliés, nos capacités intellectuelles et relationnelles… l’heure est au changement.

Sommes-nous réduit à être l’autre ? La société de consommation a installé en chacun de nous un profond déséquilibre identitaire. « Je » d’aujourd’hui n’est plus celui d’hier.

«JE EST L’AUTRE»

Tu es simplement le reflet de ce que l’autre est.  Tu es juste la production de l’autre.

Qui est l’autre? L’autre c’est le pouvoir économique qui nous construit, qui nous définit et qui anime en chacun de nous de profonds désirs de consommation.

Ces désirs sont-ils réellement les miens? C’est ce que l’on pense, même eux ne t’appartiennent pas, ils sont créés par « l’autre ».

Qu’est-ce qui te pousse à te réveiller un matin et à vouloir profondément être en possession des dernières paires de chaussures alors que ton placard en renferme 20 ?

Nous consommons tous de la même manière. Nous voulons tous les mêmes choses, le même mode de vie et le même avenir.

Toutes ces réflexions m’ont poussé à opérer un changement, à mon rythme, à mon échelle sur plusieurs aspects de ma vie. Il est temps.

J’ose espérer exister… mais plus à travers la norme.  

Parmi les alternatives, je me suis penché sur la question de la vente de seconde main et du troc, c’est une fois de plus une façon de contrer le système. Vous trouverez de nombreux magasins de seconde main, des brocantes, des vides dressings et c’est sans compter le nombre de groupe Facebook autour de cette thématique.

Je ne dis pas que je ne ferais plus d’achats, je ne fais que revoir ma façon de faire mes courses, de sélectionner mes cosmétiques et mes choix d’investissements.

«Et tes vêtements alors?» Il y a aussi une façon de revoir sa garde de robe et si je venais à craquer, je me tournerais vers un vêtement plus éthique même si je reste convaincue que le troc, l’échange ou le seconde main renferment des pépites !

Tu peux aussi me mettre en commentaire tous les sites, forum, astuces, livres autour de cette thématique, ça peut être utile pour moi et pour « l’autre » : )

Je terminerais en disant que chacun dispose de sa liberté, de son temps, de son rythme et que cet écrit s’adresse avant tout à moi, c’est  un besoin.

« Aujourd’hui, les gens veulent seulement accéder à la propriété  et grimper l’échelle sociale. Peu importe sur quoi repose cette échelle, pourvu qu’ils y grimpent. La rue de mon enfance n’est plus ce qu’elle était et les portes des maisons sont toutes fermées. »

With Love

7 commentaires sur “Non, pas de « Black Friday » pour moi.

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